Appel pour la dignité de la personne, l’égalité et la solidarité en fin de vie

 

On croyait que le débat sur l’euthanasie s’était apaisé avec l’adoption de la loi relative aux droits des malades et à la fin de vie, ainsi qu’avec le rejet en 2010 et 2011 de deux propositions de loi la légalisant. Voilà qu’il s’invite dans la campagne pour l’élection présidentielle avec la proposition 21 du candidat François Hollande : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité. »

Ce texte ambigu ouvre la porte à des interprétations contradictoires. Les partisans de la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté l’ont en tout cas compris comme la transposition des pratiques belge, hollandaise et suisse dans notre pays. Cela nous appelle donc à réagir pour rappeler l’extrême dangerosité de cette démarche.

D’après l’expérience unanime des soignants, la personne en fin de vie sollicite plus que tout une présence humaine partagée et non un arrêt du cœur par injection létale.

Cette démarche électoraliste est inutile. Nous estimons qu’il n’y a pas lieu de modifier les dispositions en vigueur sur la fin de vie. S’il s’agit de répondre à des souffrances en fin de vie, notre législation permet d’ores et déjà de soulager la douleur, d’arrêter dans certaines conditions les traitements en accompagnant le patient. Elle interdit l’acharnement thérapeutique. Aucun motif ne saurait autoriser quiconque à décider qu’une vie ne vaut pas la peine d’être vécue. D’après l’expérience unanime des soignants, la personne en fin de vie sollicite plus que tout une présence humaine partagée et non un arrêt du cœur par injection létale.

 

Cette démarche passe volontairement sous silence les dérives constatées en Belgique, aux Pays-Bas et en Suisse : les patients euthanasiés sans leur consentement, les euthanasies clandestines, les euthanasies pratiquées par des infirmières, les euthanasies sur des mineurs (Belgique), l’absence de contrôle effectif de la procédure, les activités lucratives d’associations pratiquant le suicide assisté (Suisse). S’inspirer de ces exemples, c’est courir le risque d’étendre de mauvaises pratiques à des cas non prévus par la loi, et changer insidieusement par voie de conséquence la culture du soin dans notre pays.

 

Sous couvert de modernité, cette démarche constitue au contraire un recul puisqu’elle s’inscrit à contre-courant des évolutions de la prise en charge de la fin de vie en Europe. Pourquoi depuis la loi belge de 2002 autorisant l’euthanasie, cette législation n’a-t-elle été reprise dans aucun État de l’Union européenne hormis le Luxembourg ? Pourquoi des États aussi différents que l’Allemagne, l’Espagne et la Suède ont-ils adopté depuis lors des règles similaires à la loi française ? Pourquoi l’Assemblée du Conseil de l’Europe a-t-elle voté le 25 janvier 2012 une résolution réaffirmant l’interdit de l’euthanasie ?

 

Cette démarche soutenue par la proposition 21 du candidat François Hollande entérine enfin et surtout l’inégalité d’accès aux soins dont les plus vulnérables seront évidemment les premières victimes. Des notions aussi essentielles que la non-assistance à personne en danger, la provocation au suicide, l’abus de faiblesse perdraient toute pertinence. Une distinction aux conséquences préjudiciables à la cohérence et à la justesse des soins apparaitrait entre les médecins, les services, les établissements ayant recours à l’euthanasie ou au suicide assisté, et ceux qui privilégient l’accompagnement de la personne malade jusqu’au terme de sa vie, dans un contexte favorable aux soins palliatifs. Au nom d’un principe d’autonomie et d’une idée de la liberté, paradoxalement la toute-puissance médicale se voit confortée.

Ce que nos concitoyens veulent pour leur fin de vie, ce n’est pas la légalisation de l’euthanasie. Ils souhaitent ne pas souffrir, et vivre en société une existence digne d’une sollicitude humaine, d’une attention respectueuse de ce qu’ils sont.

Plutôt que de légaliser l’euthanasie, la priorité et le devoir des responsables politiques est de témoigner de leur engagement en faveur de l’application de la loi existante. Cette position exige un égal accès de tous les malades en fin de vie aux soins palliatifs, une meilleure prise en charge des situations les plus complexes, une diffusion plus importante de l’enseignement des soins palliatifs à l’université, ainsi qu’un renforcement de l’information relative aux directives anticipées.

Ce que nos concitoyens veulent pour leur fin de vie, ce n’est pas la légalisation de l’euthanasie. Ils souhaitent ne pas souffrir, et vivre en société une existence digne d’une sollicitude humaine, d’une attention respectueuse de ce qu’ils sont. Cela tient pour beaucoup à la mobilisation effective de la société au service des personnes vulnérables dans la maladie, le handicap ou les dépendances, et tout autant à de bonnes pratiques du soin, aux moyens structurels, humains et financiers qui y sont consacrés.

 

Avant qu’il ne soit trop tard, mesurons les conséquences désastreuses que pourrait avoir une reconnaissance sociétale de l’euthanasie sur notre système de santé. Celui-ci n’est-il pas au contraire fondé sur les valeurs démocratiques de dignité de la personne, d’égalité, de sollicitude et de solidarité ?

 

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